Des globe-trotters allient tourisme et humanitaire

Infosud-Tribune des Droits Humains,
15 juillet 2004
Des globe-trotters allient tourisme et humanitaire

Rachad Armanios/Le Courrier
15 juillet 04 – Depuis vingt ans, JATUR propose à des jeunes une alternative au tourisme marchand : en réalisant des projets humanitaires dans les pays du Sud, les ados font le plus beau des voyages : la rencontre avec d’autres cultures et avec soi-même.

Travailler du matin au soir dans un village africain, goûter aux piqûres de moustiques, dormir sans confort, être privé d’eau courante et d’électricité… Voilà le type de séjours que propose l’Association JATUR. En plus de la satisfaction de la tâche accomplie, vous aurez parcouru le plus beau des voyages : la découverte de l’autre et de vous-même.

Depuis vingt ans, chaque été, JATUR (Jeunes associés temporairement à une région, sise à Genève) organise à l’intention de jeunes dès 14 ans des « voyages humanitaires et éducatifs » dans les pays du Sud. Cette façon de voyager allie l’utile – deux semaines de travail bénévole – à l’agréable – quinze jours à la découverte d’une région. Encadrés par des adultes, des jeunes (8 à 15) aident à la construction d’une école, d’un dispensaire ou plantent des arbres… Autant de petits projets nés dans les pays concernés (principalement en Afrique de l’Ouest, mais pas seulement) et auxquels JATUR s’associe. Ensuite, le groupe part à la découverte culturelle de la région, hors des circuits touristiques.

Mais avant, il y a toute une préparation. Les participants récoltent les fonds pour financer leur projet (entre 5000 et 15 000 francs), organisent leur voyage, s’informent sur les aspects sociaux, économiques et culturels de la région à visiter. Au retour, en novembre, une soirée de présentation-débat a lieu. Ce travail intense (un an en tout) responsabilise les adolescents. Sur place, ils cuisinent eux-même, font les courses, etc. En tissant entre eux des liens intimes, ils expérimentent aussi la vie en groupe, parfois explosive. C’est donc avant tout un pas vers l’âge adulte que les ados font à travers cette expérience : en allant vers l’autre, ils se découvrent eux-mêmes. Sabine Petermann-Burnat, membre du comité de JATUR, décrit les voyages humanitaires comme la « promotion de la solidarité et de la rencontre authentique : une démarche qui commence à partir de soi, non pas pour se fuir, mais pour mieux se comprendre. »

« Tout le monde devrait vivre une fois cette expérience », s’enthousiasme Julien Debonneville, un collégien de 19 ans qui vient de décrocher sa matu. L’année passée, il est parti avec JATUR dans un village près d’Antananarivo, la capitale de Madagascar. Une association y accueille des familles de sans-abris. « Nous nous sommes notamment occupés d’enfants et avons participé à des distributions de nourriture. Nous avons reçu plus de sourires et de joie que nous avons pu donner par notre travail », se souvient Julien. Le don de soi, témoigne-t-il, lui a rappelé des valeurs essentielles comme l’amour, le partage, le respect, « que l’on oublie vite ici en Suisse ». Les bénévoles, en travaillant et en vivant parmi leurs hôtes, créent avec eux des liens très forts et authentiques, explique Alain Chabloz, trésorier de JATUR. Quant aux villageois, ils sont en général très touchés des efforts que l’on fait pour eux.

“Des caprices de riches”

Julien a aussi constaté ce que pauvreté ou misère signifient : « De retour en Suisse, on se rend compte que beaucoup de nos préoccupations matérielles sont des caprices de riches. » Pour beaucoup de participants, ajoute M. Chabloz, vivre dans des conditions parfois très frustes peut être un sacré choc, même s’ils savent à quoi s’attendre. Mais ainsi, il s’ouvrent une fenêtre sur le monde et sur d’autres cultures, ils voient qu’ailleurs, c’est différent.

Les « jaturiens » s’adaptent à cette différence, en adoptant une certaine éthique : les vêtements doivent être décents et il est interdit de consommer des stupéfiants ou d’avoir des relations sexuelles avec des indigènes. Pour des vacances, c’est peut-être « monacal », mais, assure M. Chabloz, on évite de la sorte de déstabiliser la communauté d’accueil en important des éléments ou des comportements extérieurs. Et cela, même lorsqu’on croit bien faire, comme le raconte Julien : « Nous avons rencontré sur une plage des touristes qui ont offert dix stylos à une cinquantaine d’enfants. Ils sont partis pensant avoir aidé le tiers monde, mais, à leur départ, les gamins se disputaient le butin. »

www.jatur.ch

RACHAD ARMANIOS

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